<?xml version="1.0" encoding="ISO-8859-1"?>
<rss version="2.0">
<channel>
<title>stories of X</title>
<description>Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...</description>
<link>http://touts.zeblog.com/</link>
<language>fr</language>
<generator>ZeBlog.com</generator>

<item>
	<title>Héléna (partie 2) Quand le corps brûle…</title>
	<description><![CDATA[
      Après, je ne me souviens plus…Le lendemain, j’étais ailleurs…quatre murs…un parquet…un plafond…une odeur nauséabonde, mélange de transpiration, d’alcool et de cigarettes. Près de moi, nu, un homme flasque, laid, comme tous ceux de sa race…de celle des porchons…J’essaye de me rappeler mais, ce dont je me souviens c’est l’odeur du sang, de la mort, de ce que l’on ne vit qu’une fois, cette sensation de plénitude après un acte délicieux qui nous remplit d’une joie morbide. Depuis, j’erre…seule…sans but précis…mes jambes avancent , me guidant vers une destinée que je ne maîtrise plus…Fuir…toujours fuir…ne pas regarder derrière soi… J’ai appris cela dès mon adolescence….quand on se retourne on ne voit que les horreurs….J’avais 15 ans….Ils m’ont tuée, meurtrie… dans ma chair, mon sang…Ils étaient deux, trois, quatre, peut être plus…Ce que le temps n’a pas étouffé, c’est d’être dépossédé de mon corps…je ne m’appartenais plus…Quand je me suis réveillé, dans un trou noir…humide…où seul les cafards se sentent bien…J’ai eu honte de moi-même…Et après…il m’a fallu vivre…oublier…mais peut on oublier son meurtre…Dans ma peau était gravée à jamais la date de mon décès… Seule mon âme, intouchable, gardait un semblant de pureté, rejetant cette partie de moi-même. Après, chaque homme a été un couteau de plus qui rentrait dans ma peau. Mais je vous le dis, aucun ne m’a jamais pénétrée…  &nbsp;  Ma mère vivait dans la crainte de dieu…et la haine des hommes…Je n’ai jamais connu mon père…A travers les yeux de ma mère se dessinait un être sanguinaire, dont le seul langage était celui des poings, qui avait sans cesse soif de la peur qu’il inspirait…c’était une brute…C’est ce qu’elle m’a dit et, aujourd’hui, je la crois…Tous, ils se ressemblent tous…Enivrés par leur soif de puissance, ce sont des chiens assoiffés…A travers ceux qui m’ont souillée, je vois mon père et à travers lui, je vois la souffrance de toutes celles qui, depuis des millénaires subissent le joug inflexible et la bêtise brutale de la tyrannie masculine. Ils ne méritent rien d’autre que la mort…Mes pas m’ont amenée sur la Grand’Place au cœur de la cité…Autour de moi, tous s’agitent, des hommes, des femmes, des couples dans lesquels on peut lire l’espoir faux d’un monde meilleur. Mon sac à dos me semble si lourd. Je m’arrête près de la fontaine, m’assoit et sort le bidon d’essence acheté plus tôt… Il est temps pour moi de me débarrasser de ce corps putride, barrière physique au plaisir de l’âme. Je m’agenouille et verse le liquide purificateur. Je sens l’odeur nauséabonde de l’or noir se déverser sur moi. Mes vêtements s’accrochent à ma peau, seconde couche d’une vie poisseuse… J’entends au loin une musique, discordante....Si je tourne la tête, je peux apercevoir un vieil homme, le violon au bras, tentant désespérément de sortir quelques notes d’un instrument hors d’usage, dans l’espoir de ramasser quelques sous qui lui permettront de vivre une journée de plus… Tout semble si faux…improbable…Je ne supporte plus ce monde hypocrite…chacun pensant&nbsp; être l’ami de l’autre…comme une sangsue…accrochée à l’espoir de vivre à travers le regard de son prochain…faire semblant d’être…paraître un jour…Je sors délicatement le zippo offert&nbsp; par l’un de ceux qui a cru m’aimer…Il ne me reste qu’à délicatement faire jaillir l’étincelle et tout sera fini…J’entend crier…hurler…Je tourne la tête…dernier regard jeté à un quadra bien sapé, image dérisoire d’un monde en faillite…Juste en finir…Ashes to ashes, Dust to dust…que mon esprit se libère…      
]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/380939-helena-partie-2-quand-le-corps-brule/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Sat, 15 Nov 2008 14:58:00 +0100</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Héléna (partie 1) : La fièvre du sang…</title>
	<description><![CDATA[



Voilà maintenant
quelques heures que je marche dans les rues de Lille. Je ne suis pas vraiment
là. Ce monde ne m’appartient plus. Je laisse derrière moi un porc à l’apparence
humaine que j’ai délesté de 50 euros. Il n’en aura plus besoin. Quand je
repense à la soirée d’hier, j’en ai la nausée. Tout a commencé deux jours
auparavant. J’ai rencontré un mec, une sorte de beatnik qui se serait trompé
d’époque, à une soirée, rue Colbert. La soirée était mauvaise, je m’ennuyais…Pour
tuer le temps, entre deux verres de Vodka, j’écoutais ce type me déblatérer sa
vie insignifiante et ses idées d’un autre temps. Je me suis cassée vers 4 heures
du matin et, comme une idiote, je lui ai laissé mon numéro de téléphone. J’ai
eu beaucoup de mal à rentrer chez moi, l'alcool n'a jamais été un bon GPS.

&nbsp;

Je me suis
réveillée le lendemain vers 13 heures avec un arrière goût de vomi au fond du
palet. En posant le premier pied sur le sol, je me rends compte que la Vodka ne
m’a toujours pas quitté. Pour être sûr de ne pas tomber, je me prends une bière
dans le frigo… Il faut savoir reprendre l’équilibre. En milieu d’après midi, je
termine ma cinquième cannette. Derrière chacune d’elle, j’entrevois une part
de celle que je pouvais être et, une fois terminée, je me vois tel que je suis…
Le téléphone sonne… Je décroche machinalement. Derrière le combiné, j’entends
un homme parler. Sa voix me dit vaguement quelque chose… Mais quoi&nbsp;? Après
un temps de réflexion, j’arrive à remettre le type de la veille. Il propose que
l’on se voit le soir même à 19 heures… Apparemment, il y aurait une fête en
campagne… à proximité de Lille. J’accepte…je sais pas pourquoi…l’ennui sans
doute… En attendant, je m’enfile une fin de bouteille de sky qui traînait au
fond de mon placard. Tony, puisque c’est son nom, passe me chercher avec une
demie heure de retard. Nous partons tout de suite… Je n’ai vraiment pas envie
qu’il voit mon intérieur. Dans la voiture, il n’arrête pas de parler. Je réponds
sans vraiment entendre… Tout ça me paraît si triste et vain. 

&nbsp;

Nous sortons du
monde civilisé, la voiture s'engouffre sur les routes de campagne, seule la
lumière des phares éclaire notre chemin. Après une demi heure de route, nous
tournons dans un petit chemin, en bordure d’une forêt. Je le sens venir cette
ordure, comme tous les autres … Il s’arrête et m’explique une ânerie pour faire
une chose que je n’ai pas envie de faire. Je ne dis rien. Il ne s’attend sans
doute pas à ce qui va lui arriver. En début de préliminaire, je mords à pleine
dent le membre de ce babouin. Il hurle… Plus qu’il ne devrait…J’en profite pour
sortir de la voiture…Je cours dans la forêt…Je ne sais pas où je vais…Je
l’entends encore hurler…J’ai dans la bouche le sang de ce porc… ça m’excite…Je
rie comme seul les fous peuvent le faire… J’arrive enfin sur le bord d’une
route…je crache les dernières gouttes de sang, nettoyant ainsi mon corps et mon
âme…Son odeur semble me coller à la peau…Qu’est ce que je donnerai pas pour du
whisky. J’entends au loin une voiture arriver…ses phares m’aveuglent…je tends
le pouce… Même si ça peut être l’eunuque, je veux pas passer la nuit ici…j’ai
soif…la voiture fait un écart, m’évite…elle s’arrête…ce n’est pas la même…Je
monte dedans, pourvu qu’il ait à boire... 



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/379095-helena-partie-1-la-fievre-du-sang/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Sun, 09 Nov 2008 14:26:00 +0100</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>whisky</title>
	<description><![CDATA[
    Je suis en voiture sur une vieille route qui m’amène hors de cette forêt. Le ciel est lourd et semble peser sur ma carcasse. J’ai 36 ans, quelque kilos de trop. Je travaille pour un journal pourri, une &nbsp;feuille de choux&nbsp; locale dans le nord de la France. Ce n’est pas avec l’interview merdique que je viens de faire que je vais remporter le prix Pullitzer. Un fantôme… vous m’en direz tant. Au vu de son histoire pathétique, je pense que je n’aurais même pas le droit à la rubrique nécrologique. Je m’allume une clope et attrape la bouteille de sky qui se trouve sur le siège avant de ma Skoda. Une bonne rasade me remettra les idées en place. Et merde… il se met à pleuvoir… quelle guigne… mes essuie-glaces marchent plus… tain, je vois rien… la foudre maintenant. Remarque, ça rajoute un petit cachet. Du genre histoire estampillée «&nbsp;étrange&nbsp;», «&nbsp;vu à la TV&nbsp;»&nbsp;: Un journaliste de seconde zone est retrouvé mort la gorge tranchée à l’orée d’une forêt. Ça pourrait faire les gros titres du Détective Magazine. Qu’est ce que c’est que ça ! Une ombre au bord de la route… Je freine brutalement… réflexe… je recule… une femme qui fait du stop… à 2 heures du matin sous la flotte et l’orage… elle a pas peur elle… Je vais la prendre, ça lui évitera de rentrer chez elle mouillée comme une serpillière. Elle monte, pousse ma bouteille qui tombe sur le tapis de ma caisse, elle pourrait faire plus attention.  «&nbsp;Merci&nbsp;»  «&nbsp;De rien, j’vous dépose où&nbsp;?&nbsp;»  «&nbsp;J’habite à Lille…&nbsp;»  «Ça tombe bien, c’est ma route…&nbsp;»  Jolie brin de fille, début vingtaine…brune…ni trop grosse, ni trop maigre…des lèvres à sucer des glaces Miko, le parfum importe peu… Des nichons aussi gros que des obus, transpirant derrière son Tee-shirt blanc, laissant pointer ses tétons…Je la vois qui regarde la bouteille de whisky à ses pieds.  «&nbsp;Tu peux en prendre si tu veux…&nbsp;»  Elle me regarde, ramasse la bouteille et s’en enfile 2, 3 gorgées…d’un coup sec…Elle a fait ça toute sa vie.  «&nbsp;Il vaut mieux t’avoir en photo que de te payer un verre&nbsp;»  Elle me regarde une nouvelle fois et finit la bouteille cul sec. Un whisky de 10 ans d’âge, d’un coup, paf…  «&nbsp;T’en as d’autre&nbsp;?&nbsp;»  «&nbsp;Ouais chez moi…&nbsp;»  «&nbsp;Alors amène-moi chez toi…&nbsp;»  La suite, j’ose à peine vous la raconter tellement ce fut dégueulasse. Une fois arrivés chez moi on a bu comme des porcs. J’étais complètement ivre et elle aussi. On a fini à poil dans mon lit à ce que je me souviens. Je ne sais même pas si on a fait l’amour. Tout ce dont je me rappelle c’est que le lendemain, je me suis réveillé avec une gueule de bois et qu’il me manquait 50 euros dans mon portefeuille…Salope…    
]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/349480-whisky/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Tue, 02 Sep 2008 22:35:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Fantomas</title>
	<description><![CDATA[



Je n’ai jamais été aussi surexcité… Cela fait bien longtemps que je ne
compte plus les années qui ont suivi ma mort… J’ère dans ces bois depuis ce
jour là où, alors que mes pensées étaient à tout autre chose, ma voiture a
malencontreusement croisé la route d’un platane. Depuis, je n’ai pas quitté les
lieux. On n’a pas idée comme le temps peut être long lorsque l’on est seul dans
un bois. Les arbres c’est bien gentil, mais niveau conversation on tourne en
rond… Enfin, ce soir, un journaliste dont j’ai croisé la route alors qu’il
s’était perdu, va venir m’interviewer… Apparemment, c’est une chose plutôt rare
de voir un de mes semblables et, d’après ce qu’il m’a dit, c’est l’occasion
pour lui de donner un coup de boost à sa carrière. Si je peux être utile après
tout, pourquoi pas… et puis ça me fera passer le temps. En attendant, j’arpente
les bois, réfléchissant à ce que je vais bien pouvoir lui dire… C’est la chance
de ma vie… ou plutôt de ma mort…Peut être que, après cela, je vais devenir une
star…Qui sait…

Je l’aperçois se dirigeant vers moi. Il a pas vraiment l’allure d’un
journaliste. Mal rasé, les cheveux en pétard, une roulée qui lui pend au bec,
un ventre qui pourrait accueillir un fût de bière. La démarche lourde, il
semble avoir du mal à avancer dans ce dédale de ronces et de branches. Arrivé à
ma hauteur, il s’assoit par terre cherchant désespérément un souffle qu’il ne
retrouvera sans doute jamais.

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
vous allez bien&nbsp;???

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
oui, pff….pff… inquiétez pas pour moi…

En plus, il pue le whisky… elle va être belle l’interview…il sort un
appareil de sa poche, un dictaphone je suppose…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
C’est pour enregistrer…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Oui je sais, je connais.

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Ça fait combien de temps que vous êtes,
enfin vous voyez…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Mort vous voulez dire… Vous savez
aujourd’hui ça ne me gêne plus…Je ne saurais pas vous répondre… Une fois mort
les jours se ressemblent. Je me souviens bien du jour par contre. A l’époque je
devais avoir 28 ans et je venais de demander en mariage une jeune fille que
j’avais rencontrée 2 ans auparavant. C’est non pas que je l’aimais, c’est
surtout que, passé un âge, on a tellement peur de finir tous seul que l’on
pourrait épouser n’importe quoi… Toujours est-il que celle-ci ne m’avait pas
répondu de suite… Elle voulait réfléchir avant de prendre une décision. Nous
nous séparons là-dessus, je prends ma voiture. Sur la route il fait noir, tout
est calme mon esprit est ailleurs, je pense à elle, à moi, à nous… Un lapin au
milieu de la route, tout va très vite, un coup de frein, un coup de volant, un
platane… Je n’ai pas souffert, enfin je ne crois pas, quand je suis revenu à
moi j’étais dans cet état là… Depuis, j’attends. J’ai l’impression de ne pas
avoir fini… Pour tout dire il me suffirai de savoir.

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Savoir quoi&nbsp;???

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Et bien voyons…ce qu’elle aurait répondu…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Vous voulez dire que vous êtes devenu
un…un fantôme parce que vous n’aviez pas la réponse à la demande que vous aviez
faite.

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Vous êtes idiot ou quoi&nbsp;? Je n’ai
jamais dit ça…Je ne sais pas pourquoi moi je suis resté ici, tandis que d’autres…
Tout ce que je sais, c’est que, depuis le temps, j’ai réfléchi à ce qu’elle
aurait pu me répondre et que aujourd’hui j’aimerais savoir… Ça me permettrait
de passer à autre chose voyez vous…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Oui bien sur… Et d’autres comme vous il y
en a&nbsp;?

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Je sais pas j’en ai jamais vu, j’ai
toujours été&nbsp;seul…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Bien, bien, je crois avoir l’essentiel…
Je vais vous laisser.

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Repassez quand vous voulez, ça me fait du
bien d’avoir de la compagnie…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Au revoir…

-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
Au revoir…

&nbsp;

Pff, c’est pas
vrai, personne depuis des lustres…Il faut que je tombe sur un imbécile,
alcoolique…c’est bien ma chance… M’enfin, retournons à nos arbres, ils sont
parfois de meilleure compagnie que certains humains.

&nbsp;



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/345196-fantomas/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Thu, 07 Aug 2008 11:10:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>In psyche veritas</title>
	<description><![CDATA[

Fred cherchait depuis longtemps le lieu où, ce soir, la fête
était censée se dérouler. Un patron de bar, aimable comme une porte de prison,
lui avait bien montré une direction, mais on aurait dit qu’il avait pris un
malin plaisir à lui indiquer la mauvaise route… Il n’y avait pas de deuxième à
gauche… Fred arriva à l’orée d’un petit bois… Raté pour raté, autant passer la
soirée ici… Il sortit la petite sacoche cachée sous son siège dans laquelle il
avait caché ce qui devait régaler les invités de cette soirée, des champignons
hallucinogènes fraîchement cueillis et prêts à être consommés. Fred s’en avala
quelques uns et sortit admirer la nature qui l’entourait. Après avoir marché
une dizaine de minutes, ses jambes ne le tenant plus, il s’allongea dans une
petite clairière.

&nbsp;

Les cèpes magiques commencèrent à faire leur effet alors qu’il
observait, allongé dans l’herbe, les étoiles qui illuminaient cette soirée.
Celles-ci commencèrent doucement à entamer une danse. La plus petite, au fond à
droite, donnait le rythme. 1, 2, 1, 2,… Les autres suivaient, s’entrelaçaient
gaiement, laissant derrière elles une poudre blanche, traînée du bonheur. Puis
elle s’assemblèrent et formèrent de façon désordonnée des dessins lumineux. Une
racine qui naît, s’éparpille, grandit, jusqu’à ce que du magma étoilé jaillisse
une fleur, source sublime de vie. Mais là ne s’arrête pas la transformation.
Petit à petit, les traits s’affirment, la fleur devient&nbsp; un moineau, une buse, un aigle&nbsp;; l’aigle
bat des ailes, s’abat sur un sol mouvant et en ressort drapé de ses plus beaux
apparats. Alourdi par ses bijoux, il tombe toujours plus bas, rejoint la terre
pour se relever. Ce n’est plus un aigle, non. Non, c’est un ours qui se dresse,
la gueule béante, les yeux remplis de fureur, hurlant sa colère d’avoir été si
tôt réveillé. Il semble à Fred entendre l’ours lui dire «&nbsp;Qui es-tu pour,
ce soir, m’avoir sorti de mon sommeil&nbsp;?&nbsp;» L’ours se rapproche… Fred
ferme les yeux…

&nbsp;

Dans le noir de son intérieur se forment petit à petit des
plaques de couleurs différentes. Elles s’assemblent, se disloquent, se
mélangent pour ne former plus qu’une. Apparaît alors un visage féminin,
sentiment de sécurité maternelle. Le visage disparaît mais les forment restent…
Ce n’est plus un visage mais un œuf. Matrice de l’univers, parcourue du
sentiment des milliards d’être humains, d’animaux, qui l’ont vue en leur sein
grossir et éclore. L’œuf grandit, grandit, pour finir par absorber l’espace qui
entoure Fred. Celui-ci ouvre les yeux. Il tourne la tête à droite et à gauche.
Autour de lui, la forêt semble s’être arrêtée. Le vent ne souffle plus. Les
arbres regardent celui qui est allongé près d’eux. Leurs yeux ne bougent pas.
Fred se lève pour défier ceux qui, aujourd’hui, le regardent. Il court… en
frappe un… puis deux… Il entend les arbres hurler… Dans le noir, Fred croit
apercevoir une forme blanche passer et repasser, parlant à voix haute. Il n’arrive
pas à entendre ce qu’elle dit. Fred hurle mais la forme blanche semble l’ignorer.
Il s’agenouille. Autour de lui, la boue semble l’appeler. Il en prend une
poignée et se la plaque contre les cheveux, recouvrant ses dreds d’un liquide
marron. D’un geste de fureur, il arrache son tee-shirt, retire son pantalon et
son caleçon et se retrouve ainsi nu. Il prend tout ce qu’il peut de terre et se
barbouille le corps, passant dans les moindres plis de sa peau. Puis il se
roule par terre, retrouvant ainsi les sensations oubliées des premiers hommes,
communiant avec la terre qui l’entoure. Epuisé, recroquevillé, Fred s’endort
seul. La nature a fini de chanter et au petit matin, il repart dans son
appartement, laissant derrière lui un environnement meurtri par son éphémère
passage et demandant, à qui veut l’entendre, de se repaître une nouvelle fois
de l’âme des humains.



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/341233-in-psyche-veritas/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Tue, 15 Jul 2008 10:17:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Les Princes</title>
	<description><![CDATA[
   René remontait la rue qui passait devant le cimetière et l’amenait jusqu’au bistrot «&nbsp;Aux jours heureux&nbsp;». Ce bar où il passait une grande partie de sa vie restait inchangé, résistant aux affres du temps, au mode et au souffle de renouveau qui s’abattent régulièrement sur les vestiges du passé. «&nbsp;Aux jours heureux&nbsp;» était un roc. Une façade qui semblait éternelle pour ceux qui, comme René, y avait vu leur vie défiler et le temps passer. Comme tous les jours, il retrouverait les mêmes têtes&nbsp;: Victor dont on ne savait pas si c’était un homme ou un animal, certains, prétendant l’avoir aperçu la nuit, se frottant contre un arbre&nbsp;; Manu, le portugais, immigré en France depuis 1958, un maçon hors pair dans sa jeunesse, aujourd’hui ses mains calleuses ne lui servent plus qu’à attraper les verres de rouge quand il ne les casse pas&nbsp;; Bébert, bon vieux français, avec pour seul culture celle du vin et du camembert, si encore c’était de la qualité mais celui-ci se satisfaisait de n’importe quelle merde achetée dans les supermarchés&nbsp;; la vieille Jacqueline, dont on se demandait si elle n’ avait jamais eu une jeunesse, tellement nous avions l’impression de l’avoir toujours connue avec des rides… Et enfin lui, René, que l’on appelle l’intello ou l’antiquaire, suivant à qui il a affaire, une petite carrure mais un débit à faire pâlir n’importe quel amateur de rhétorique. De temps en temps, un passant perdu s’introduisait dans leur repère. Mais il fuyait bien vite, la queue entre les jambes, affolé par l’odeur et l’ambiance qui régnaient dans ce lieu devenu sacré pour ceux qui le fréquentaient. Cette constance, ce refus du changement a toujours rassuré René. Antiquaire de métier, il avait trouvé dans ce bistrot, avec ses amis, l’apothéose de toute une vie donnée à faire revivre le passé.   En passant devant le cimetière, René ne put s’empêcher de penser à sa défunte épouse Josiane. L’emmerdeuse comme il aimait l’appeler en ce temps là. Cette vieille bique avait passé toute une vie à lui gâcher l’existence. Les bars alors lui étaient interdits et ce n’est qu’au prix des pires mensonges qu’il pouvait aller se rassasier d’un verre de rouge. Il se demandait parfois si elle n’aurait pas préféré qu’il la trompe avec n’importe quelle greluche plutôt que de taquiner la bouteille. Mais aller voir une autre femme alors qu’il en avait déjà une à la maison, pour René, c’était chercher les emmerdes. Quand on a un minimum de raison, on ne multiplie pas la connerie. Dieu merci, aujourd’hui elle ne fait plus chier que les vers de terre et c’est tant mieux. Chacun sa merde. Et depuis maintenant dix ans, il peut tranquillement dépenser son argent en buvant tout son saoul le gros rouge qui tâche que la mère Denis veut bien leur servir.  Plongé dans ses pensées, René entra dans le bistrot qui se trouvait à l’angle des rues de Lille et du Général de Gaulle. Manu, Victor et Bébert étaient assis à une table au fond, le tapis de jeu posé, les cartes distribuées et la bouteille de pinard à moitié entamée. René ne se lassait pas du décor. Des vieilles chaises en métal, datant de plus de 30 ans, entouraient des tables qui, dans le passé avaient une couleur qui se rapprochait plus du blanc que du jaune caca d’oie. Les murs étaient décrépis, jaunis par le temps et la cigarette, à certains endroits, on pouvait voir apparaître de larges tâches d’humidité. Le carrelage était lui aussi complètement usé. On se doute qu’il fut un temps où celui-ci était propre… Ce temps étant révolu, on distinguait de larges taches de graisse et de la poussière à pas savoir quoi en foutre. Le patron,&nbsp;du haut de ces 1 mètre 60 pour 120 kilos, salua rapidement René. Sur la droite, la vieille Jacqueline regardait son verre de blanc, cherchant désespérément la jeunesse qu’elle ne semblait jamais avoir eue.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah ben te v’là, on a failli attendre…  -&nbsp;&nbsp;&nbsp; Figure toi, mon p’tit Bébert, qu’il existe une chose que les petites gens de ton espèce ne doivent pas connaître&nbsp;: l’imprévu. Parce que, quand on a comme toi, une vie de merde réglée par la pendule, on apprend à patienter et on laisse le droit aux grands de ce monde de ne pas se soucier des futilités du bas peuple.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’es à peine arrivé que tu m’emmerdes déjà, viens plutôt poser ton cul et taper le carton...  Le portugais se dit qu’il était grand temps de recommander une boutanche&nbsp;:  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Remets-nous la p’tite sœur patron, il se fait soif et l’humeur d’aujourd’hui est à l’ivresse… Alors, t’expliques comment ton retard&nbsp;? Parce que les grandes phrases, ça va bien mais faut que tu nous trouves quelque chose de plus correct, du concret quoi. Sinon tu reprends ta bite et ton couteau et tu vas tutoyer les anges ailleurs.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J’ai arrêté de donner des explications quand ma femme est morte, ce n’est pas maintenant que je vais m’y remettre, alors distribue les cartes et ferme ta gueule, le portugais.  Manu grommela dans sa barbe. Après 40 ans passés en France, il n’aimait pas qu’on lui rappelle ses origines. Comme à son habitude, Victor ne disait rien, préférant mâcher son chewing-gum qui l’accompagnait depuis qu’il avait arrêté de fumer et lâchant un juron de temps à autre, pour la forme.  Après quelques bouteilles, le jeu devint plus difficile à tenir et la conversation s’anima.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’es pas au jeu Victor et quand on n’est pas au jeu, on pose ses cartes, on n’emmerde pas le monde et on boit…  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ta gueule  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Succinct mais direct, j’ai toujours aimé ta prose.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Garde tes grandes phrases pour toi René. T’a jamais dépassé la limite du département, évite de la ramener.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais mon vieux Bébert, le voyage c’est pour les pauvres types dans ton genre. Moi je n’ai pas besoin de l’avion, de la voiture ou de tout autre engin pour me transporter, je ne suis pas un gagne-petit. Quand je m’enfuis, je vais plus loin qu’aucun être humain n’a été. Des connards de scientifiques bossent sur les déplacements&nbsp; spatio-temporels. Il ferait mieux de boire du rouge, au moins ils comprendraient ce qu’est la séparation du corps et de l’esprit, nom de dieu… Mais vous, vous ne savez pas boire. Vous buvez pour être saoul et pour oublier. Moi je bois pour être et me souvenir.   T’es qu’un vieil alcoolique comme nous alors ta gueule René bougonna Manu.  C’est le moment que choisit le patron pour remettre une tournée qui eut l’effet escompté, celui de mettre tout le monde d’accord. Un &nbsp;jeune, coiffé de rastas longues jusqu’au fesse, entra dans le bar.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je cherche l’impasse des pommiers…  Le patron n’ayant jamais aimé la jeunesse, c’est à se demander s’il avait été jeune, ne put s’empêcher de répondre sèchement.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous remontez la rue, prenez la première à droite puis c’est la deuxième à gauche.  Devant un accueil aussi chaleureux, le jeune homme sortit sans un merci ou un au revoir.  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me demande quel plaisir on peut avoir à s’afficher avec une telle coiffure ironisa Manu  -&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C’est une marque de reconnaissance, une sorte d’appartenance à un groupe. Nous c’est le camembert et le rouge, eux c’est les rastas et les joints… Ça les rend pas plus intelligent parce que l’intelligence, c’est tout sauf une question d’appartenance…  La discussion continua, les quatre compères ayant trouvé un sujet qui les rassemblait… A 22h00, le patron ferma son bar et les habitués s’en allèrent titubant, regagnant chacun leur intérieur… Chantant à tue-tête des chansons aujourd’hui oubliées… Et le lendemain, mouvement perpétuel, tout recommença.     
]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/339742-les-princes/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Tue, 08 Jul 2008 10:19:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>L'amour des morts</title>
	<description><![CDATA[

Voilà des années maintenant que je prends soin de ce lieu. Ç’est arrivé par hasard. A l’époque, j’étais
cantonnier... Je m’occupais déjà du cimetière, mais par intermittence. D’autres
travaux, dans le village, me prenaient bien plus de temps. Et puis, un jour
froid de décembre, sans prévenir, la retraite m’a gagné… Je n’avais plus rien à
faire. Sans enfant, sans femme, sans famille et sans chien, je décidai de m’occuper
à plein temps des morts. Ils sont tellement moins chiants que les vivants.
Alors depuis, régulièrement, j’arrose les fleurs, nettoie les pierres tombales,
arrache les mauvaises herbes. Certaines ne sont plus entretenues depuis
longtemps. J’ai eu beaucoup de mal à leur faire retrouver l’éclat de leur
jeunesse passée. Le temps est parfois si dur avec ceux qui l’entourent. Je me
sens parfois l’âme d’un chirurgien plastique qui, grâce à la magie de ses
doigts, tente de faire retrouver l’éclat de leur jeunesse à des vieilles
rombières plusieurs fois ravalées. Moi, du haut de mes soixante-six ans,
j’essaye de redonner une seconde vie à ces morts oubliés. Je les bichonne, leur
chante des chansons et surtout, je leur parle. Ils me le rendent bien. Souvent,
ils se prennent au jeu de me raconter leur vie passée, un tel mort sur un champ
de bataille me disait que le résultat étais le même, ni gagnant, ni perdant, à
part les vers. Un autre mort du chagrin d’un amour perdu, m’expliquait comme il
était difficile de survivre à l’autre moitié. Et celui-ci, collabo en 41, résistant
en 44, un commercial de génie. Il se vante, même outre tombe, d’être capable de
tout vendre&nbsp;: du tissu, de la viande, des poules ou des œufs, des maisons,
des appartements, bref tout ce qu’il est susceptible d’être acheté… même la
vie&nbsp;: des communistes, des juifs, des résistants, des collabos, sa mère,
son père, sa femme et ses enfants. Je l’ai même surpris, une fois, à vouloir
vendre une place au paradis à un pauvre quidam qui venait de mourir. 

&nbsp;

Mais, celle que je préfère, c’est la tombe
d’une femme morte il y a quelques années… Je la connaissais bien… Dans ma
jeunesse, j’étais fou d’amour pour elle… Mais, elle a préféré épouser René,
l’antiquaire. Il vient lui rendre visite une fois par an, le jour de l’hommage
aux morts. Aujourd’hui, c’est moi qu’elle voit tous les jours. C’est à moi
qu’elle parle. On se raconte nos petits tracas de la vie quotidienne. Elle me
dit que c’est dur parfois d’être mort, de ne plus avoir à goûter ni saveurs, ni
odeurs, ne plus ressentir la faim et le froid. Quand à moi je lui explique
comme il me manque parfois d’avoir tout près quelqu’un pour s’occuper de moi,
pour dormir à mes côtés, pour réchauffer mes draps. Pour lui faire passer le
temps, je lui chante une chanson, ou lui récite un poème… Moi qui n’avais
jamais ouvert un livre de ma vie, depuis sa mort, je me suis mis à avaler tous
les recueils de poèmes possibles et inimaginables. Je ne fais aucune
distinction entre le poète du dimanche et le génie du lundi. Je cherche
indéfiniment celui qui conviendra le mieux sans jamais le trouver. Quand je
m’assois sur sa tombe et que je ferme les yeux, je peux revoir ses cheveux
bruns à l’odeur de pomme&nbsp;; ses yeux, noirs comme le ciel un jour d’orage,
qui me transperçaient de part en part. Et son corps, son corps, qui était sans
cesse un appel à la vénération béate de l’adolescent que j’étais et de l’adulte
que je suis devenu. Le temps nous a éloignés. Lorsque celle-ci a épousé René, j’ai
cessé de la voir. Mais quand au hasard d’une rue ou d’un commerce je la croisai,
elle avait toujours pour moi un mot gentil, une attention particulière. Quelle
chance avait René. Il ne s’en rendait pas compte le pauvre bougre, noyé dans
les litrons de rouge qu’il avalait avec ses amis pochtrons. Le voilà d’ailleurs
qui passe par le cimetière. Sans doute rejoint-il «&nbsp;Aux jours
heureux&nbsp;», le royaume des alcooliques. Une femme comme celle-ci on ne peut
que lui consacrer toute une vie… Imbécile… Mais peu importe, cela me permet de
passer plus de temps avec elle et tant mieux… Aujourd’hui il n’y a que moi qui
l’entends et la comprends.



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/339310-l-39-amour-des-morts/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Sun, 06 Jul 2008 18:52:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Laura</title>
	<description><![CDATA[

Papy est mort hier soir. Avec
papa et maman, on est allé le voir l’après midi. Il disait rien. Il était
devenu tout sec… On aurait dit un abricot sec, comme ceux que j’amène à l’école
pour manger. Ses yeux étaient bizarres. Ça
m’a fait peur. Le soir en rentrant, maman a pleuré beaucoup. Papa criait comme
d’habitude. Il crie souvent papa. Moi je me cachais sous mes draps. Je voulais
que ça s’arrête. Le téléphone a sonné. Ils ont arrêté. C’est papa qui a
répondu. De ma chambre, je n’entendais pas ce qui se disait. Maman a encore
pleuré, papa est parti se coucher. Puis maman est venue dans ma chambre, s’est
assise sur mon lit et m’a dit que mon papy était mort. Je n’ai pas compris au
début. C’est la première personne que je connais qui est morte. Maman m’a dit
qu’on ne le reverra plus jamais. C’est dommage je l’aimais bien papy. Il me
faisait jouer sur ses genoux, me parlait doucement, me racontait des histoires…
Et surtout il me donnait plein de bonbons, et ça c’était bien, vraiment bien.
J’ai eu du mal à m’endormir cette nuit là.

&nbsp;

Trois jours après, nous sommes
allés à son enterrement. Là bas, tous le monde pleurait. Pas moi. Je l’aimais
bien papy. Alors pourquoi je devrais pleurer. Au bout d’un moment, pour faire
comme tout le monde, j’ai pleuré. C’était long sinon. Il y avait un monsieur
tout bizarre à l’entrée du cimetière. Ma maman m’a dit que c’était le gardien. Ça doit être triste de garder
des gens qui bougent jamais. Après il y a eu un repas que les mamans avaient
fait pour ceux qui étaient venus voir papy. C’était bizarre. Je comprenais pas
ce qu’ils disaient. Moi je connaissais pas mon papy comme ça. Ils parlaient de
la guerre, de son travail, de sa femme (que je n’ai jamais connue). Moi je me
rappelle de quand il me gardait parce que papa me voulait plus à la maison (je
criais trop), ou quand maman était à l’hôpital. De ces soirées ensembles à
regarder des dessins animés et manger des gâteaux, à son rire, à ses grosses
mains, à sa voix douce. Je préférais être chez lui plutôt qu’à la maison. À la maison c’est toujours
pareil. Papa et maman, ils s’aiment plus. Papa dit que c’est ma faute, qu’il était
mieux quand il était seul avec maman. Alors il boit… puis il crie… puis il tape
maman et elle, elle pleure.&nbsp; Moi je reste
dans ma chambre, sous ma couette, parce que j’ai peur. Et sans papy, j’ai
encore plus peur…



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/333055-laura/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Thu, 12 Jun 2008 15:18:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Crépuscule partie 2</title>
	<description><![CDATA[

Ça
fait trois semaines, ou plus je ne sais plus, que je suis cloué sur ce lit
d’hôpital. Parfois j’aimerais bouger… Je demande alors sans relâche à mes
jambes de me lever, de me porter, une dernière fois… Mais rien n’y fait… Alors je
n’y pense plus, et puis j’oublie que je suis allongé… Un temps durant… Dans mes
moments de conscience, comme maintenant, je me rends compte que je suis en
train de dépérir… Les médecins me nourrissent… coûte que coûte, je dois vivre…
Mais si c’est dans cet état là, je n’en ai plus envie… Il y a ma fille qui
vient me rendre visite avec son mari et leur petite fille. Au début je leur
parlais, des souvenirs me remontaient et j’avais besoin de les étaler pour
croire que j’étais encore en vie… Pour retrouver un peu de chaleur… Mais
j’étais déjà mort… Et je pouvais le lire dans leurs yeux remplis de pitié… A
part la petite Laura (enfin je crois qu’elle s’appelle comme ça)… A son âge, la
pitié, on ne la connaît qu’à travers le regard des adultes… J’essaye de lui
parler mais je ne comprends pas ce que je lui dis… Elle non plus… Tiens je me
demande si ma femme a sorti le chien… Ah… Ils partent… Tant mieux… Ils
m’allument la TV… Je comprends rien à ce qui se passe… En plus j’entends rien…

&nbsp;

Les infirmières arrivent… Elles
font plein de manipulations, je ne comprends pas trop… Je geins pour que l’on
s’occupe de moi mais en réalité, je n’ai pas mal… Je ne ressens plus rien… Je
suis juste seul… J’aimerais en finir, que l’on me laisse mourir. Ça fait si longtemps que je n’ai
pas vu le jour… Je suis fatigué de lutter…C’est inutile… On me donne à manger…
Je me sens comme un enfant qui vient de naître. Je me demande si ma femme a
sorti le chien… C’est un bon chien, je l’aime beaucoup… Un médecin rentre. Il
me parle. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit. S’il pouvait juste augmenter
les doses. Moi qui aimais tant la vie, aujourd’hui je n’ai qu’une envie c’est
de la quitter. Je me demande si ma femme a sorti le chien… Il est gentil mon
chien, Je l’aime beaucoup…

&nbsp;

Tiens la nuit tombe. Je n’aime
pas ce moment précis où les ténèbres envahissent l’espace… Ça me fait peur… Alors je
pleure… Comme un enfant… Ce soir je ne pleure pas… J’ai perdu mes larmes… Je
ferme les yeux pour la dernière fois… J’ai du mal à respirer, je ne bouge plus,
je ne parle plus… Fermer les yeux… Rêver une dernière fois… Je me demande si ma
femme a sorti le chien… C’est un bon chien, je l’aime beaucoup…



]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/332508-crepuscule-partie-2/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Tue, 10 Jun 2008 13:05:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Crépuscule, partie 1</title>
	<description><![CDATA[
  Ça fait combien de temps que je suis assis sur ce banc. Une heure, deux heures… A mon âge, le temps me parait soit trop long, trop court… J’ai 80 ans depuis un mois et je suis fatigué… Comme je me sentais trop faible, je suis allé voir mon médecin… Examens… Radios… Prise de sang… Hôpitaux… Diagnostic… Cancer. Trop avancé. Je ne veux même pas me soigner. Je ne peux même pas me soigner. Savoir tout ça, c’est accepter la mort. Mais je n’accepte rien. J’aurais voulu goûter une dernière fois les bonheurs de la terre, un verre de vin, un magret cuit au feu de bois, sentir les fleurs, la rosée du matin, entendre le bois sec brûlé, le chant des oiseaux, pleurer, rire, être heureux, malheureux, chanter le temps qui passe comme Reggianni…   &nbsp;  Les rires des enfants interrompent le cheminement de ma pensée. C’est agréable le rire d’un enfant… Ça réveille des souvenirs… Je me revois à Calais, pantalon court, pourchasser les oiseaux dans les rues. Je revois les visages de mes parents, grands-parents, amis, de ma femme, morte de m’avoir trop aimé il y a maintenant 20 ans. De tous ceux qui, aujourd’hui, m’invitent à les rejoindre au banquet céleste. Mais je n’en veux pas de leur invitation. L’herbe est bien assez verte ici… Laissez moi tranquille… Qu’est-ce qu’il a à me regarder lui&nbsp;? Il a jamais&nbsp; vu un vieil homme assis sur un banc… Con de jeune… Profite de ce que t’offre la vie… Laisse la te posséder, dévore la, ne la regarde pas passer comme tous ces moutons. On n’en a qu’une… Je n’aime pas ce parc… Il n’a rien de naturel… Mais je ne peux pas aller bien loin, alors je viens m’y réfugier… Sur le point de mourir, ici, je peut me repaître de la vie des autres, dévorer leur jeunesse… le cul mouillé…  &nbsp;  Parait-il qu’à l’aube de la mort, nombreux sont ceux qui font des bilans. Moi je préfère laisser ça aux autres, à ma famille, mes amis… enfin ce qu’il en reste. L’oraison funèbre, ce n’est pas moi qui la lirai… Je lève les yeux et perçois le soleil qui me fait des signes à travers les nuages. Tu seras toujours là toi. Quand moi je serai à l’ombre, au fond de mon caveau, sans une lumière pour m’éclairer, toi tu brillera et réchaufferas ceux qui restent… Les chanceux… Qu’ils en profitent bien… J’entends battre au loin. Sûrement un jeune qui tape sur son tam tam… Mon cœur semble suivre le rythme… Je suis fatigué… Je veux dormir… Je me lève… tout tourne autours de moi… C’est étrange, je n’y vois plus rien… Je sens mon corps s’écrouler par terre… J’avais pourtant demandé à mes jambes d’avancer… Plus rien ne fonctionne… Je veux bouger mais rien ne se passe. J’arrive à ouvrir les yeux… Autour de moi, ça s’agite… Je vois une dame, si belle, au téléphone... Je devrais peut être dormir… Non, rester éveillé… ne pas se laisser aller… bientôt un homme habillé en blanc arrive… On me pose sur un brancard… Je m’engouffre dans l’ambulance… La sirène me tient éveillé… Arrivé&nbsp;là bas, je suis transporté dans une chambre… Ils me mettent des tuyaux partout…. Le bip bip des machines me berce…. Je me dis que maintenant je peux dormir…    
]]></description>
	<link>http://touts.zeblog.com/332193-crepuscule-partie-1/</link>
	<author>Tout-s</author>
	<pubDate>Mon, 09 Jun 2008 12:15:00 +0200</pubDate> 
</item>

</channel>
</rss>