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Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...
Fred cherchait depuis longtemps le lieu où, ce soir, la fête était censée se dérouler. Un patron de bar, aimable comme une porte de prison, lui avait bien montré une direction, mais on aurait dit qu’il avait pris un malin plaisir à lui indiquer la mauvaise route… Il n’y avait pas de deuxième à gauche… Fred arriva à l’orée d’un petit bois… Raté pour raté, autant passer la soirée ici… Il sortit la petite sacoche cachée sous son siège dans laquelle il avait caché ce qui devait régaler les invités de cette soirée, des champignons hallucinogènes fraîchement cueillis et prêts à être consommés. Fred s’en avala quelques uns et sortit admirer la nature qui l’entourait. Après avoir marché une dizaine de minutes, ses jambes ne le tenant plus, il s’allongea dans une petite clairière.
Les cèpes magiques commencèrent à faire leur effet alors qu’il observait, allongé dans l’herbe, les étoiles qui illuminaient cette soirée. Celles-ci commencèrent doucement à entamer une danse. La plus petite, au fond à droite, donnait le rythme. 1, 2, 1, 2,… Les autres suivaient, s’entrelaçaient gaiement, laissant derrière elles une poudre blanche, traînée du bonheur. Puis elle s’assemblèrent et formèrent de façon désordonnée des dessins lumineux. Une racine qui naît, s’éparpille, grandit, jusqu’à ce que du magma étoilé jaillisse une fleur, source sublime de vie. Mais là ne s’arrête pas la transformation. Petit à petit, les traits s’affirment, la fleur devient un moineau, une buse, un aigle ; l’aigle bat des ailes, s’abat sur un sol mouvant et en ressort drapé de ses plus beaux apparats. Alourdi par ses bijoux, il tombe toujours plus bas, rejoint la terre pour se relever. Ce n’est plus un aigle, non. Non, c’est un ours qui se dresse, la gueule béante, les yeux remplis de fureur, hurlant sa colère d’avoir été si tôt réveillé. Il semble à Fred entendre l’ours lui dire « Qui es-tu pour, ce soir, m’avoir sorti de mon sommeil ? » L’ours se rapproche… Fred ferme les yeux…
Dans le noir de son intérieur se forment petit à petit des plaques de couleurs différentes. Elles s’assemblent, se disloquent, se mélangent pour ne former plus qu’une. Apparaît alors un visage féminin, sentiment de sécurité maternelle. Le visage disparaît mais les forment restent… Ce n’est plus un visage mais un œuf. Matrice de l’univers, parcourue du sentiment des milliards d’être humains, d’animaux, qui l’ont vue en leur sein grossir et éclore. L’œuf grandit, grandit, pour finir par absorber l’espace qui entoure Fred. Celui-ci ouvre les yeux. Il tourne la tête à droite et à gauche. Autour de lui, la forêt semble s’être arrêtée. Le vent ne souffle plus. Les arbres regardent celui qui est allongé près d’eux. Leurs yeux ne bougent pas. Fred se lève pour défier ceux qui, aujourd’hui, le regardent. Il court… en frappe un… puis deux… Il entend les arbres hurler… Dans le noir, Fred croit apercevoir une forme blanche passer et repasser, parlant à voix haute. Il n’arrive pas à entendre ce qu’elle dit. Fred hurle mais la forme blanche semble l’ignorer. Il s’agenouille. Autour de lui, la boue semble l’appeler. Il en prend une poignée et se la plaque contre les cheveux, recouvrant ses dreds d’un liquide marron. D’un geste de fureur, il arrache son tee-shirt, retire son pantalon et son caleçon et se retrouve ainsi nu. Il prend tout ce qu’il peut de terre et se barbouille le corps, passant dans les moindres plis de sa peau. Puis il se roule par terre, retrouvant ainsi les sensations oubliées des premiers hommes, communiant avec la terre qui l’entoure. Epuisé, recroquevillé, Fred s’endort seul. La nature a fini de chanter et au petit matin, il repart dans son appartement, laissant derrière lui un environnement meurtri par son éphémère passage et demandant, à qui veut l’entendre, de se repaître une nouvelle fois de l’âme des humains.