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Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...
Ça fait trois semaines, ou plus je ne sais plus, que je suis cloué sur ce lit d’hôpital. Parfois j’aimerais bouger… Je demande alors sans relâche à mes jambes de me lever, de me porter, une dernière fois… Mais rien n’y fait… Alors je n’y pense plus, et puis j’oublie que je suis allongé… Un temps durant… Dans mes moments de conscience, comme maintenant, je me rends compte que je suis en train de dépérir… Les médecins me nourrissent… coûte que coûte, je dois vivre… Mais si c’est dans cet état là, je n’en ai plus envie… Il y a ma fille qui vient me rendre visite avec son mari et leur petite fille. Au début je leur parlais, des souvenirs me remontaient et j’avais besoin de les étaler pour croire que j’étais encore en vie… Pour retrouver un peu de chaleur… Mais j’étais déjà mort… Et je pouvais le lire dans leurs yeux remplis de pitié… A part la petite Laura (enfin je crois qu’elle s’appelle comme ça)… A son âge, la pitié, on ne la connaît qu’à travers le regard des adultes… J’essaye de lui parler mais je ne comprends pas ce que je lui dis… Elle non plus… Tiens je me demande si ma femme a sorti le chien… Ah… Ils partent… Tant mieux… Ils m’allument la TV… Je comprends rien à ce qui se passe… En plus j’entends rien…
Les infirmières arrivent… Elles font plein de manipulations, je ne comprends pas trop… Je geins pour que l’on s’occupe de moi mais en réalité, je n’ai pas mal… Je ne ressens plus rien… Je suis juste seul… J’aimerais en finir, que l’on me laisse mourir. Ça fait si longtemps que je n’ai pas vu le jour… Je suis fatigué de lutter…C’est inutile… On me donne à manger… Je me sens comme un enfant qui vient de naître. Je me demande si ma femme a sorti le chien… C’est un bon chien, je l’aime beaucoup… Un médecin rentre. Il me parle. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit. S’il pouvait juste augmenter les doses. Moi qui aimais tant la vie, aujourd’hui je n’ai qu’une envie c’est de la quitter. Je me demande si ma femme a sorti le chien… Il est gentil mon chien, Je l’aime beaucoup…
Tiens la nuit tombe. Je n’aime pas ce moment précis où les ténèbres envahissent l’espace… Ça me fait peur… Alors je pleure… Comme un enfant… Ce soir je ne pleure pas… J’ai perdu mes larmes… Je ferme les yeux pour la dernière fois… J’ai du mal à respirer, je ne bouge plus, je ne parle plus… Fermer les yeux… Rêver une dernière fois… Je me demande si ma femme a sorti le chien… C’est un bon chien, je l’aime beaucoup…