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Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...
Ça fait combien de temps que je suis assis sur ce banc. Une heure, deux heures… A mon âge, le temps me parait soit trop long, trop court… J’ai 80 ans depuis un mois et je suis fatigué… Comme je me sentais trop faible, je suis allé voir mon médecin… Examens… Radios… Prise de sang… Hôpitaux… Diagnostic… Cancer. Trop avancé. Je ne veux même pas me soigner. Je ne peux même pas me soigner. Savoir tout ça, c’est accepter la mort. Mais je n’accepte rien. J’aurais voulu goûter une dernière fois les bonheurs de la terre, un verre de vin, un magret cuit au feu de bois, sentir les fleurs, la rosée du matin, entendre le bois sec brûlé, le chant des oiseaux, pleurer, rire, être heureux, malheureux, chanter le temps qui passe comme Reggianni…
Les rires des enfants interrompent le cheminement de ma pensée. C’est agréable le rire d’un enfant… Ça réveille des souvenirs… Je me revois à Calais, pantalon court, pourchasser les oiseaux dans les rues. Je revois les visages de mes parents, grands-parents, amis, de ma femme, morte de m’avoir trop aimé il y a maintenant 20 ans. De tous ceux qui, aujourd’hui, m’invitent à les rejoindre au banquet céleste. Mais je n’en veux pas de leur invitation. L’herbe est bien assez verte ici… Laissez moi tranquille… Qu’est-ce qu’il a à me regarder lui ? Il a jamais vu un vieil homme assis sur un banc… Con de jeune… Profite de ce que t’offre la vie… Laisse la te posséder, dévore la, ne la regarde pas passer comme tous ces moutons. On n’en a qu’une… Je n’aime pas ce parc… Il n’a rien de naturel… Mais je ne peux pas aller bien loin, alors je viens m’y réfugier… Sur le point de mourir, ici, je peut me repaître de la vie des autres, dévorer leur jeunesse… le cul mouillé…
Parait-il qu’à l’aube de la mort, nombreux sont ceux qui font des bilans. Moi je préfère laisser ça aux autres, à ma famille, mes amis… enfin ce qu’il en reste. L’oraison funèbre, ce n’est pas moi qui la lirai… Je lève les yeux et perçois le soleil qui me fait des signes à travers les nuages. Tu seras toujours là toi. Quand moi je serai à l’ombre, au fond de mon caveau, sans une lumière pour m’éclairer, toi tu brillera et réchaufferas ceux qui restent… Les chanceux… Qu’ils en profitent bien… J’entends battre au loin. Sûrement un jeune qui tape sur son tam tam… Mon cœur semble suivre le rythme… Je suis fatigué… Je veux dormir… Je me lève… tout tourne autours de moi… C’est étrange, je n’y vois plus rien… Je sens mon corps s’écrouler par terre… J’avais pourtant demandé à mes jambes d’avancer… Plus rien ne fonctionne… Je veux bouger mais rien ne se passe. J’arrive à ouvrir les yeux… Autour de moi, ça s’agite… Je vois une dame, si belle, au téléphone... Je devrais peut être dormir… Non, rester éveillé… ne pas se laisser aller… bientôt un homme habillé en blanc arrive… On me pose sur un brancard… Je m’engouffre dans l’ambulance… La sirène me tient éveillé… Arrivé là bas, je suis transporté dans une chambre… Ils me mettent des tuyaux partout…. Le bip bip des machines me berce…. Je me dis que maintenant je peux dormir…