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Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...
Jeff est sorti
de « l’illustration » avec une boule dans le ventre, un sentiment
mélangé de mal être et d’excitation. Anna est une belle femme, intelligente,
mais elle ne le comprendra jamais… A chaque fois qu’il la voit, il a
l’impression de parler à une étrangère. Cette fois ci encore, elle avait l’air
d’être plus attirée par les tableaux accrochés sur les murs du bar que par lui…
Pourtant ces tableaux sont laids… Jeff ne comprendra jamais comment des gens
peuvent peindre des croûtes pareilles et surtout les étaler à la face du monde…
Aujourd’hui il a fait part à Anna de toutes ces avancés sur ce roman qui lui
prend tout son temps… son bébé. Il avait vraiment l’impression qu’elle s’en foutait
royalement… Rien de ce qu’il transpire
ne semble l’intéresser… Alors quoi ? Il doit demain se prostituer, changer
du tout au tout pour lui plaire, ou du moins lui procurer une forme de plaisir
inexistant…. En fait elle m’emmerde se dit Jeff. Cette pensée le rassura, car
si en cette minute Jeff a le cœur lourd, c’est le poids de la trahison qui le
ralentit… Jeff marche vers une autre rencontre. Claire est une belle plante.
Ses rondeurs l’excitent… et surtout elle parle peu… ne cherche que le sexe… ce
en quoi elle excelle… Son cœur est lourd mais ses pas sont légers… parce qu’il sait
qu’en cette fin de journée il va se faire plaisir et ça, pour lui, ça n’a pas
de prix. Il se surprend même à siffloter dans la rue, un air qui lui revient… Il
a du l’entendre ce matin… C’est toujours frustrant d’avoir un air dans la tête
dont on ne se rappelle plus ni le nom du groupe, ni le titre de la chanson… Pour aller à son rendez vous, il a décidé de
passer par le parc Jean Baptiste Lebas… Ce n’est pas qu’il aime ce parc, il le
trouve même particulièrement laid avec ces énormes grilles rouges qui l’entourent…
Il a l’impression d’être une bête curieuse… Un singe à qui on pourrait lancer
des cacahuètes pour amuser les foules… Et tous ces enfants, qui crient, et
pleurent, ça l’insupporte… Souvent les
femmes qu’il rencontrait avaient des désirs de maternité… Lui pas du tout… Mais
en règle générale il faisait semblant… Non, si il passait par le parc,
c’est parce que ça reste le chemin le plus court pour se rendre chez Claire,
Rue de Cambrai… Tout simplement… A l’entrée du parc, un vieil homme était assis
sur un banc, ses cheveux étaient blancs et sales, une barbe qui semblait taillée
à la machette ornait son visage… Il avait tellement de rides qu’on ne pouvait
même plus apercevoir la couleur de ses yeux. Jeff se dit qu’il n’avait pas envie
de devenir vieux… Il ne supporte pas la vieillesse… Elle lui rappelle que la
vie a une fin… Et ce qui suit… C’est la mort. Je ne serai jamais vieux, comme
ça je ne serai jamais mort. Penser cela est complètement stupide… Mais ça le
rassurait. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il multipliait les aventures.
Une fois vieux, il ne pourra plus profiter des plaisirs… alors il butine et
prend tout ce qu’il peut sans jamais donner… Avoir cette pensée le
rassurait… Il accéléra le pas pour arriver au plus vite chez Claire… Oublier ce
vieillard qui lui a gâché sa bonne humeur, les enfants qui lui ont cassé les
oreilles et Anna l’emmerdeuse… Devant la porte, il se surprit à sourire et à
penser : « la vie est bien faite, une fois que j’aurai consommé
Claire, il faut que je pense à rappeler Cécile pour la revoir… ».