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Chroniques absurdes et tranches de vies... Destins croisés de ceux qui s'aperçoivent mais ne se parlent pas, qui se parlent sans se percevoir...
Il pleut… J’aime bien la pluie… Enfermé, au chaud, dans mon appartement du centre de Lille… De derrière ma fenêtre je peux voir courir les gens pour s’abriter. Le temps à changé brutalement, la plupart se sont fait surprendre… De les voir comme des bêtes, apeurées, cherchant le moindre recoin qui pourrait les protéger de la pluie, je ne sais pas pourquoi, mais cela m’amuse. Regardez là, cette bourgeoise en haut talon, lever la patte comme un lévrier pour éviter de se ramasser sur les pavés… Et cette famille, le père traînant les deux enfants, les engueulant parce qu’ils ne vont pas assez vite. Le plus petit s’est pris une volée… je ne sais pas si ça va vraiment aider à le faire avancer… Voilà quelque chose de plus intéressant… C’est ce que j’aime, lorsque la pluie surprend les passantes. Chez certaines, on peut voir les tee-shirts coller leur corps, jusque laisser percevoir leurs formes arrondies. Ici ce n’est pas un tee-shirt mais une jolie robe à fleur… Peu importe, l’effet est le même… Il faudrait vraiment que je pense à m’acheter une paire de jumelles… Tiens, elle s’arrête juste en face de chez moi. Elle s’appuie contre une porte en bois massif. C’est vrai que là où elle est, la pluie ne semble plus l’atteindre… Elle est blonde ou brune… Je sais pas… On voit mal de là ou je suis… Elle a pas l’air très futée quand même… Ou elle est perdue peut être… Tiens je crois qu’elle m’a vu… merde… Remarque je pourrais aller lui parler…
Je me vois bien descendant, chevalier servant, offrant mon blouson… Elle l’accepte et me sourit… Je lui demande si elle ne veut pas venir s’abriter au chaud… Elle me dit que oui, que je suis bien aimable… Aimable, je n’ai jamais vraiment été aimable… Intéressé oui mais pas aimable… Elle me précède dans les escaliers…. J’ai vu une émission avec Nadine de Rotschild, la vieille peau endimanchée, gardienne des « bonnes valeurs » et de la « bienséance », enfin bref… Elle nous expliquait, à nous, pauvres incultes, comme il était important de laisser passer les Dames dans les escaliers, afin de pouvoir les retenir en cas de chute… Aujourd’hui je la remercie de m’avoir éclairé sur ce point. De là où je suis, je peux observer en toute tranquillité ses fesses rebondir au rythme des marches qui montent vers mon appartement. Elle s’assoit sur mon canapé, je lui prépare un bon lait chaud…. Nous discutons de tout et de rien, elle m’explique comme elle est malheureuse et comme elle se sent seule… Comme elle aimerait rencontrer le prince charmant. Celui qui fera chavirer son cœur… Je lui dis alors que je la comprends… Une femme aussi belle qu’elle a le droit à l’amour avec un grand A, l’amour des romans Arlequin, des séries télévisées… celui où tout se passe bien, où rien n’est laissé au hasard, où la surprise n’existe plus… Je lui fais alors remarquer comment peut être ennuyeux cet amour. Je lui parle alors de Stendhal, des poètes maudits, de l’amour feu, qui brûle et fait mal, qui consume la vie de ceux qui sont, un instant durant, possédé. Un instant qui peut durer une minute, une heure, un an ou une éternité… Elle boit mes paroles, c’est le moment que je choisis pour rapprocher mes lèvres des siennes et l’embrasser passionnément. Puis s’en suivent caresses, jeux d’amoureux, qui nous transportent vers un autre univers où plus rien ne peut nous atteindre… Au petit matin, le soleil revenu, je lui demanderais de partir… Elle pleurera beaucoup… Trop même… Elle hurlera que ça ne peut se passer comme ça, que les hommes sont tous les mêmes… Après avoir parlé, gueulé, pendant une heure durant, elle s’enfuira de chez moi… Je la regarderai… Je suis comme ça…
Mince, elle vient de partir… Il faut croire que le renfoncement de la porte en bois ne suffisait pas à l’abriter… ou alors c’est moi qui lui ai fait peur…À la regarder… Elle ne sait pas ce qu’elle rate… Tant pis…
J’ai 40 ans… Je vis seul et je m’emmerde…